Fabergé, l'artisan du temps

Rédacteur: Olivier Müller
Date: 13.05.19


C’est une date que l’on retiendra : le 9 septembre 2009, à 9h du matin. 09.09.09, 09 AM, jour de la renaissance tant attendue de Fabergé. La marque reprenait vie, 167 ans après sa fondation à Saint-Pétersbourg en 1842, de l’âme et des mains de Gustav Fabergé.

Une collection à 100 millions


Derrière l’homme se trouvait un créateur visionnaire, un artisan qui, en bien des occurrences, allait largement devancer son temps par des créations audacieuses – telles les toutes premières montres bracelet de l’histoire, conçues pour femmes et dont les premières pièces furent exécutées dès 1912. La postérité retiendra de lui ses fameux œufs de Fabergé. Il en réalisa 54, pas un de plus. Certains comportaient une authentique mouvement de haute horlogerie, d’autres un automate. Beaucoup ont disparu mais la collection la plus importante de ces chefs d’œuvre du génie humain est revenue dans la mère patrie russe en 2013. Témoin du prestige hors norme qu’ils véhiculent toujours, leur prix d’acquisition : 100 millions de dollars. Aujourd’hui, le prestige de Fabergé se véhicule notamment à travers une gamme de garde-temps pour collectionneurs avertis. 


Fabergé et Moser, entrepreneurs visionnaires


Il serait toutefois injuste de limiter l’œuvre originelle de Fabergé à ses seuls œufs. Les pendules de tables constituèrent d’importantes commandes. Il s’agit en quasi-totalité de pièces uniques de grand prestige dont les mouvements étaient manufacturés par un autre grand nom de l’horlogerie du XIXe siècle : Heinrich Moser. C’est également lui qui animait de ses calibres les fameux œufs. Fabergé brillait ainsi par sa capacité à réaliser de véritables œuvres d’art miniatures, à transformer des objets du quotidien en magnifiques pièces de prestige, mariant héritage, histoire, modernité et technique. C’est ce même dessein qui anime encore aujourd’hui les collections de montres Fabergé. 


Trois arts décoratifs majeurs


Dans ce vaste ensemble d’objets témoins de la grandeur de leur temps, les techniques décoratives étaient prépondérantes. Trois d’entre elles allaient particulièrement se distinguer : sertissage, guillochage et émaillage. La particularité de Fabergé est d’avoir très souvent associé ces deux dernières, le guillochage et l’émaillage. Fusion des arts, quintessence de l’artisanat, le résultat donnait aux pendules, œufs, montres et coffrets des reflets uniques, conjuguant la tendance rococo de l’époque avec les prémices d’un Art Déco que Fabergé commençait à percevoir. On retrouve aujourd’hui ces arts au cœur de la plupart des collections horlogères de Fabergé. 


Magnifier l'or et le platine


A l’époque, ces savoir-faire étaient déjà l’apanage d’artisans hautement qualifiés – ils le sont toujours deux siècles plus tard. Le guillochage est l’art décoratif manuel qui consiste à graver des lignes ou courbes sur un métal. C’est une technique d’ornementation qui singularise un boitier, un mouvement, un cadran, un composant et que l’on retrouve dans toutes les pièces horlogères contemporaines de la maison. Chez Fabergé, le guillochage est exclusivement appliqué à des métaux précieux (or ou platine). La maison a d’ailleurs dû développer ses propres outils pour guillocher le platine, tant ce métal est tendre et requiert une pointe et une dextérité particulières. 



Un art à 800°


L’émaillage vient souvent en complément du guillochage. C’est un art millénaire. Sa fine couche vitrifiée protège à la fois le métal en même temps qu’elle le décore, suivant une palette chromatique qui s’étend de la transparence jusqu’aux tons les plus sombres. Chaque couche d’émail résulte d’une cuisson individuelle d’émaux au four, à 800°. Ces passages successifs représentent autant de risques de voir les résultats précédents altérés, voire fissurés. Cet art hautement qualifié se retrouve dans la plupart des créations originelles de Fabergé comme dans ses garde-temps contemporains.